Nichee entre les collines de Fourvière et de la Croix-Rousse que Michelet avait respectivement surnommees au 19ème siècle "celle qui prie" et "celle qui travaille", la ville de Lyon est la deuxième plus grande agglomeration de France après Paris. Capitale de la region Rhône-Alpes, elle est idealement situee entre le Massif Central et les Alpes. Peu eloignee de la Mediterranee, la ville jouit d'une situation geographique exceptionnelle qui en a fait un carrefour de commerce, d'hommes et d'idees. Riche d'une histoire de plus de 2000 ans, on y trouve de nombreux vestiges et monuments qui sont autant de marqueurs temporels des periodes qui s'y sont succedees. Grâce à ce capital extraordinaire, 500 hectares de la ville ont ete classes au patrimoine mondial de l'humanite par l'UNESCO.
De la fondation de Lugdunum au declin de l'empire Romain Le site de Lyon fut occupe bien avant la fondation officielle de la ville baptisee Lugdunum par les romains. La legende raconte que la ville doit son nom à la mythologie celtique. Des peuples venus du nord auraient bâti, en l'honneur de leur Dieu Lug, le Dieu de la Lumière ou du Soleil, un sanctuaire. Il aurait ete erige sur la colline de Fourvière, à côte du site de Condate lui-même loge au pied de la colline de la Croix-Rousse.
La veritable histoire de la ville ne commence cependant qu'au premier siècle avant J.C. En 58 avant J.C., Jules Cesar entreprenant la conquête des Gaules y installe un camp militaire. En 43 avant J.C., un des lieutenant du defunt Jules Cesar, un certain Lucius Muniatus Placus mandate par Rome, choisit ce même site pour y fonder la ville de Lugdunum et y accueillir les romains chasses par les Allobroges de Vienne, ville de l'Isère voisine. Le nom signifie selon l'etymologie qu'on lui attribue, "colline de Lug", "colline de la lumière" (lug serait equivalent à lux, lumière en latin) ou "colline du corbeau" (lug venant de lukos signifiant corbeau et animal annonciateur du Dieu Lug dans la mythologie celtique). En 27 avant J.C., la ville gagne en importance puisqu'elle est nommee Capitale des 3 Gaules sous l'empire d'Auguste. Petit à petit, Lugdunum va devenir la deuxième ville de l'Empire Romain après Rome. Son rôle militaire s'etend au politique, puis au financier et enfin au religieux puisqu'on y celebrera le culte de l'Empereur. De cette epoque date l'Amphitheâtre des 3 Gaules qui fut erige au pied de la colline de la Croix-Rousse et qui reunissait les 60 tribus des 3 Gaules pour cette ceremonie. Cet amphitheâtre sera agrandi au cours du 2ème siècle et pourra accueillir jusqu'à 20 000 spectateurs. Au moment de la christianisation, en l'annee 177, il verra le sacrifice de 48 martyrs dont celui de l'evêque Ponthin ou de Sainte Blandine. Datant de l'epoque d'Auguste, un theâtre, un temple dedie à la deesse Cybèle, consideree comme la Grande Mère ou la Mère des Dieux, et des thermes comptent parmi les edifices de la ville.
En 276, les premières invasions germaniques amènent leur lot de pillage et les dissensions internes à l'Empire Romain amorcent le declin de la ville. À la fin du 3ème siècle, elle a perdu son statut de capitale des Gaules. C'est la fin de la Lugdunum romaine. La ville, soumise à de nombreuses invasions et joutes de pouvoir va être le lieu d'une instabilite politique qui mettra momentanement un terme à sa prosperite. Les habitants, chasses par ses invasions barbares se refugient dans la ville basse, le Vieux Lyon. On retrouve quelques traces de cette periode autour de la cathedrale Saint-Jean ainsi qu'au Musee de la Civilisation Gallo-romaine.
Un Moyen-Âge morose ponctue de rebondissements Le Haut Moyen-Âge est marque par l'invasion de la tribu germanique des Burgondes chasses de leur territoire par les Huns. S'installant à Lyon, ils la feront capitale de Burgondie (ou de Bourgogne) en 461. En 532, les fils de Clovis annexent la Burgondie et Lyon passe sous domination franque. Pendant plusieurs siècles, la ville sera le champ de nombreuses invasions: hormis la courte periode de stabilite apportee par le règne de Charlemagne (742-814), les Normands, les Hongrois et les Sarrasins la devasteront sur leur passage dans leurs guerres pour s'approprier tantôt la Provence, tantôt la Bourgogne ou le massif des Maures.
Après une longue periode d'ombre, la ville recouvrera son ancien statut au 11ème siècle quand elle deviendra Primat des Gaules en 1079 sous le pape Gregoire VII. De cette epoque datent les ponts et de nombreuses eglises et abbayes. Parmi les edifices remarquables, il faut noter la Cathedrale Saint-Jean ou les abbayes de Saint-Paul et de Saint Martin d'Ainay. La ville ecclesiastique rayonne fournissant, avec la construction des ponts, un socle solide pour l'essor de l'industrie textile et de l'alimentation plus tard. Elle reste toutefois de taille modeste et est bien moins etendue que lors de la periode gallo-romaine. Les pentes de Fourvière et de la Croix Rousse sont abandonnees tandis que l'axe de la Saône se developpe, la construction de pont sur le Rhône etant encore difficile du fait des crues.
Jusqu'alors sous l'egide d'un archevêque, Lyon est rattachee au royaume de France par Philippe Le Bel en 1307. Mais son developpement ne sera que modere du fait de crises successives comme la guerre de 100 ans (même si elle est assez peu touchee), les epidemies (celle de la peste noire en 1343 a decime sa population de moitie la portant à 40 000 habitants) ou les inondations.
De l'apogee de la Renaissance à la Revolution C'est à la Renaissance que la ville va veritablement beneficier de l'essor propre à un carrefour terrestre et fluvial. Beneficiant des faveurs de Louis XI, de Charles VIII et de François 1er, elle connaît à cette epoque son plus fort developpement economique et demographique. La ville devient un haut lieu de commerce et d'echanges, notamment du commerce de la soie, des cuirs, des metaux et des epices. Les foires (quatre par an), autorisees par Charles VIII ont une reputation internationale. On vient même d'Orient pour faire commerce. De nouveaux metiers apparaissent. Outre les metiers d'art et d'artisanat (travail des metaux, notamment du bronze, industrie textile notamment travail de la soie, travaux d'orfèvre, etc.), les activites liees au commerce vont se developper. Un marche aux changes se met en place et la première Bourse de France (la première lettre de credit date de cette epoque) est creee grâce à l'arrivee de grands banquiers italiens, notamment Lombards, Florentins et Venitiens. Cette ville en pleine effervescence est devenue très cosmopolite. On y parle allemand, italien, flamand ou français. Sur le plan culturel, elle est aussi florissante. D'Allemagne a ete importe le savoir-faire de l'imprimerie. C'est à Lyon que sera edite en 1473 le premier livre en langue française. De nombreuses figures litteraires y publieront leurs œuvres à l'instar du medecin et philosophe Rabelais, de la poetesse Louise Labe, ou du grand Ronsard.
De cette richesse economique et culturelle jailliront de somptueuses pièces d'architecture. De nombreux hôtels particuliers notamment, seront edifies au cours de cette periode sous l'influence de puissantes familles qui etablissent leur demeure dans la ville. L'Hôtel Gadagne qui aujourd'hui abrite le Musee Historique de Lyon, la Loge du Change, et les Traboules datent de cette periode et vont modifier profondement la carte du Vieux Lyon.
Cette prosperite de capitale economique et culturelle en Occident va être mise en peril avec l'arrivee des guerres de religion qui opposent catholiques et protestants. À partir des annees 1560, la ville va être le lieu de massacres et de règlements de compte intenses. Des bûchers sont eriges, des eglises sont detruites, les imprimeurs emigrent vers Genève et les activites bancaires retournent en Italie. Lyon perd de son faste, qu'elle ne retrouvera pas – et devient une ville manufacturière, s'eclipsant derrière Paris.
Le 17ème et le 18ème siècle sont cependant des periodes prospères, grâce au commerce de la soie et à l'industrie textile. Elle beneficie aussi des faveurs et de la prosperite de la couronne de France, notamment sous Louis XIV. De nombreux reamenagements vont continuellement transformer la ville. La place des cordeliers et la Place Bellecour font partie de ces travaux. L'Hôtel Dieu, quant à lui, est etendu. Quelques edifices nouveaux font leur apparition, comme l'Hôtel de Ville à partir de 1643, la chapelle de Marie à Fourvière, le Theâtre, ou les fontaines qui viennent remplacer les vieux puits medievaux. Comme le cadre spatial est etroit, on cherche à agrandir la ville. Sous l'egide de Soufflot, Perrache ou de Morand, le plan urbain va être repense pour developper le quartier de la Presqu'île, de Saint-Clair, ou les Brotteaux.
La Revolution va à nouveau mettre un terme à cette periode de calme et de prosperite. En effet, en 1793, la ville prendra le partie des Girondins contre la convention et subira un siège de deux mois. 2000 personnes seront fusillees ou guillotinees pendant la Revolution. Les travaux d'amenagement seront suspendus. De nombreuses façades vont être detruites, notamment aux alentours de la Place Bellecour.
Cependant, le siècle des Lumières sera ponctue de decouvertes scientifiques majeures pour Lyon qui voit naître la première ecole veterinaire d'Europe, les frères Montgolfier et les talents du genie de l'electricite, Ampère.
De la revolution industrielle à l'ère contemporaine Au 19ème siècle, la principale activite de la ville liee à la soierie continue son expansion mais la geographie des activites de la ville change profondement sous l'impulsion de plusieurs inventions decisives. Au debut du siècle, Joseph Marie Jacquard invente le metier à tisser qui remplace à lui seul six hommes. Le metier des canuts va s'en trouver bouleverse. Ayant besoin de davantage d'espace, les ateliers de la soie demenagent de la Presqu'île vers la colline de la Croix-Rousse. Lyon se developpe au nord et à l'est. Autre innovation: la machine à coudre de Barthelemy Thimonnier, mise au point dès 1829.
La revolution industrielle amènera à Lyon d'autres avantages que l'expansion propre à l'activite textile. Lie à ce secteur, celui de la chimie va connaître une expansion avec les colorants et le commerce de produits chimiques d'où la future entreprise Rhône-Poulenc jaillira à la fin du siècle. Le secteur de la pharmacie est represente par Marcel Merieux fondateur de l'institut eponyme. Des fleurons de l'industrie française sont nes de cette periode: outre les laboratoires Merieux, citons la firme automobile Berliet. La grande banque, le Credit Lyonnais, corollaire du developpement du negoce, naîtra en 1860. À la fin du siècle, les frères Lumière y inventeront le cinematographe qui sera à la base de l'industrie du cinema moderne. L'Institut Lumière sera cree dès 1895. Enfin, le developpement economique de la ville devra son essor au chemin de fer (le premier europeen, construit en 1832) qui la relie à Saint-Étienne où sont installees les grandes industries.
Sur le plan architectural, la ville va connaître de profonds changements. De cette epoque datent l'Opera, le Palais de Justice construit par Baltard père dans le Vieux Lyon, la Prefecture, la Basilique de Fourvière, les quais et les grandes rues de la Presqu'île. La bourgeoisie de marchands et des ateliers de soie occupent de magnifiques immeubles aux façades renovees, que l'on peut encore voir sur le cours Morand ou l'Avenue de Saxe. Les travaux dans le Parc de La Tête d'Or datent de cette même periode. À la fin du siècle, les faubourgs de la Guillotière, de Croix-Rousse et de Vaise sont rattaches à la ville.
Le developpement de la ville moderne se fait avec l'amenagement des artères pour rendre la ville plus salubre, favoriser la penetration de la lumière ou mettre en valeur les monuments. Les vieux quartiers sont entièrement remodeles.
Dans la première moitie du 20ème siècle, c'est le maire de la ville, Édouard Herriot, qui va modeler le nouveau cadre de vie des Lyonnais. Les grands bâtiments publics seront realises pendant son mandat (1905-1957) sous la direction de l'architecte Tony Garnier. Les abattoirs et marches aux bestiaux dont il reste aujourd'hui la grande Halle, le stade Gerland construit en 1912, l'Hôpital et les logements sociaux constituent ses œuvres marquantes.
Pendant la deuxième guerre mondiale, la ville de Lyon, situee sur la frontière de la demarcation avec la zone occupee, sera un foyer de la resistance emmene par Jean Moulin notamment. Elle sera bombardee en Mai 1944 peu avant sa liberation (Septembre). Après la guerre, comme partout en France, la population augmente et la ville se developpe. Pendant les 30 Glorieuses, les voies de communication vont se developper: on construit l'aeroport de Satolas (1975), rebaptise depuis Saint-Exupery, un reseau de metro (1978), le tunnel de Fourvière et le TGV arrive dans le même periode reliant Paris à Lyon en 2 heures. La ville ne manque pas de developper aussi des infrastructures culturelles comme Eurexpo, le centre d'exposition, l'Auditorium Maurice Ravel, la Maison de la Danse, la Bibliothèque Municipale, le Palais des congrès, et la Cite Internationale. L'Opera est revisite par l'architecte Jean Nouvel tandis que la Place des Terreaux est renovee par Drevet et Buren. La vieille cite lyonnaise (le Vieux Lyon), les ponts, les quais et les monuments sont mis en lumière pour être magnifies, garantissant à la ville son cachet d'art et d'histoire.
Mais la ville d'aujourd'hui est bien davantage qu'une ville prospère jadis manufacturière, que l'on encense pour sa gastronomie, son artisanat, sa culture et son histoire. Forte de ses activites metallurgiques, textiles, chimiques et pharmaceutiques, elle a vu se developper en son sein des industries de pointe avec le technopole de Gerland et un centre d'affaire (dans le quartier de la Part-Dieu) qui a renouvele la dynamique economique favorisant l'essor du secteur tertiaire. Avec son Hôtel Hilton et son casino, ses pôles d'excellences en matière de recherche (biotechnologies, nouveaux materiaux, composants automobiles) et de services, la ville est resolument tournee vers l'avenir.
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