Histoire
De toutes les métropoles les plus animées au monde, Kingston se errait certainement décerner le prix de la plus grande obstination, si toutefois une telle récompense existait. Cette ville à la peau dure a tout d'une rescapée.
Telle un phénix, elle a su renaître de ses cendres malgré les assauts successifs du feu, des inondations, des tremblements de terre et des ouragans. Cette ténacité demeure aujourd'hui l'un de ses traits de caractère. Kingston est toujours debout, malgré une réputation de ville dangereuse à peine capable de maîtriser le désordre et la violence qui l'assaillent (réputation largement exagérée mais qui a malheureusement conduit la plupart des touristes à se cantonner aux villégiatures de la côte nord). L'ironie du sort, c'est que, même si vous êtes amené à passer par les quartiers difficiles de la périphérie de Kingston, ce qui vous arrivera sans doute, vous n'y verrez guère de 'HUSTLERS", ce qui est monnaie courante dans les sites touristiques de Ocho Rios et de Montego Bay.
Kingston fut fondée à la fin du 17ème siècle par tous ceux qui avaient survécu au terrible tremblement de cette année-là. Auparavant, la région ne comptait que quelques éleveurs de porcs et autres cabanes de pêcheurs. La population était concentrée à Port-Royal, qui était alors la deuxième ville de Jamaïque et qui fut également la plus touchée par le tremblement de terre. Les survivants bâtirent des fermes près du port, et peu de temps après, des plans furent conçus pour la construction d'une nouvelle ville en bordure de mer, ville qui serait baptisée en l'honneur de Guillaume d'Orange, roi d'Angleterre.
Au début du 18ème siècle, le port naturel de Kingston avait permis à la ville de développer son activité maritime avec succès. Les marchands qui s'étaient enrichis grâce aux bénéfices firent construire de splendides demeures dans toute la ville, et des ouvriers émigrèrent en masse vers Kingston, espérant bien tirer profit de son essor. Ceci marqua le début d'une progression inexorable qui vit, une centaine d'années plus tard à l'époque où Kingston fut enfin reconnue capitale de l'île, les nantis s'installer dans les quartiers chics ainsi que la banlieue nord de la ville, et les pauvres s'entasser dans des bidonvilles aux abords de la vieille ville.
Diverses catastrophes marquèrent cette période: un ouragan terrible en 1784, un gigantesque incendie en 1843, une épidémie de choléra en 1850 et un deuxième incendie en 1862 amenèrent de nombreux hangements dans l'aspect de la ville, sans compter le tremblement de terre dévastateur de 1907 qui détruisit presque en totalité les habitations au sud de Parade. La population du centre, indigente pour la plupart, contribua largement au développement du mouvement Rastafari dans les années 20 et 30. De nombreuses émeutes, déclenchées par la crise économique qui secoua l'île pendant les années 30, furent à l'origine du développement de syndicats et de partis politiques destinés à représenter les ouvriers et les pauvres. Mais les mesures visant à améliorer les conditions de travail et de logement tardaient à venir. Cette cité trépidante ne bénéficia pas de changements majeurs avant les années 60. La rénovation tant attendue de la vieille ville, accompagnée de la réhabilitation et de l'expansion de la zone portuaire, coïncidèrent avec la célébrité grandissante de Kingston en tant que capitale du reggae.
Magasins et bureaux, grands boulevards et immeubles à plusieurs étages, firent leur apparition, mais d'autres lieux historiques en pâtirent: le mythique Myrtle Bank Hotel, le célèbre champ de courses de Knutsford (devenu New Kingston) et Victoria Market, dont les étals avaint attiré les foules chaque dimanche pendant plus de cent ans. Ce développement fut surtout perçu par les habitants de Kingston comme superficiel, et pendant les années 70 et 80 la capitale fut la proie de dissensions politiques.
De nos jours, Kingston reste divisée. Les classes aisées vivent principalement dans les banlieues chics du nord, vont travailler dans les quartiers aseptisés de New Kingston et ne s'aventurent guère dans le centre. Toutefois, les éminents hommes politiques de la ville commencent à aborder le problème des ghettos, de la guerre des gangs et des discordes politiques. A cela s'ajoutent les propositions destinées à favoriser le développement du tourisme dans l'île, la priorité allant à la constitution d'une flotte de bateaux de roisière.