
Nous sommes partis pour 18 mois, en voyage et en amoureux. Au programme, l'Afrique de l'Ethiopie à Madagascar, l'Amérique du Sud d'Equateur à la Tierra del Fuego, la Nouvelle Zélande, l'Australie, l'Asie, et retour par le transibérien.
Pour suivre l'aventure : www.trip-harmonic.com
C’est un dépaysement total. En pleine nuit, nous arrivons dans une ville aux chalets de couleurs vives. On oublie le béton de Buenos Aires ; ici, les maisons sont construites en bois d’Aleste,
un arbre qui peut vivre plus de deux mille ans, et pousse d’un millimètre par an.
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Le taxi, l’aubergiste, tout le monde est adorable avec nous. On sonne à une chambre d’hôtes (« hospedaje ») qui s’avère complète, mais la dame nous accompagne chez ses voisins jusqu’à ce que nous trouvions une chambre pour la nuit. Il fait humide et froid dans cette petite ville coincée entre les montagnes de la Patagonie et l’Océan Pacifique. On respire dans l’air le parfum de la montagne mêlé à celui de la mer.
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On descend en collectivo, ces taxis que l’on partage à plusieurs et qui suivent un trajet précis, vers le port d’embarcation de Navimag. Notre idée : descendre le long des fjords vers les grands lacs du sud du Chili. Bien sûr tout est déjà complet et il nous reste seulement un bateau qui descend vers Puerto Aisen, beaucoup moins loin. C’est un peu toujours le même dilemme : si on prépare notre séjour à l’avance, on s’enferme dans des dates et on n’aurait pas vivre ces quelques précieux jours supplémentaires à Buenos Aires. Et si on ne prépare rien, il y a certaines envies qu’on ne peux plus réaliser. Mais le temps, ça n’a pas de prix !
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En attendant le bateau, on va faire un tour à Puerto Varas, une petite ville à 30 km réputée mignonne. La ville donne sur un lac et un volcan enneigé. Mais loin des docks, on se retrouve dans une ville de villégiature des colons suisse allemands ; tout est propret, réglé, carré… Au secours ! On veut retrouver l’ambiance portuaire de Puerto Montt, ses marins qui chantent et qui boivent devant la mer froide et lointaine.
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Deux piscos sour suffisent à nous mettre la tête à l’envers. Autour de nous, ça boit des litres de bières, et les énormes parillas dégoulinent de saucisses et de côtelettes. Les visages sont durs, les pâtes d’oies se forment pour se protéger du soleil - violent malgré le froid, les joues rouges brûlées tendent vers le noir.
On se perd dans le dédale de rues pour rentrer. La pluie fine a mouillé les trottoirs et les lumières se reflètent sur le sol. Il n’y a pas deux maisons pareilles et chacune semble avoir quelque chose à dire. Le bois donne à ces chalets une allure vivante, et les lumières et les sons qui sortent des fenêtres finissent de donner une âme à chacune. Quelques hommes traînent dans la rue, un routier se retourne, un chat noir file entre les roues. On se croirait dans un film d’Hitchcock, perdus dans ces maisons qui semblent nous regarder en ricanant, et qui attendent le moment de nous sauter dessus.
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Le bateau part dans une semaine. On décide donc de passer quelques jours à Chiloé, une petite île sur l’Océan connue pour ses églises jésuites. On se base à Castro, au centre de l’île, pour arpenter les environs. Avec son clocher unique, l’église a bien été construite par les jésuites. Mais si les autres sont en bois, celle-ci est simplement en taule, recouverte d’un coup de peinture.
Et ils leur ont fait croire que c’était la maison de Dieu ?!
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Comme à Puerto Montt, la plupart des maisons du village sont en bois. Les cabanes de pêcheurs, construites en pilotis sur la baie, sont toutes peintes de couleurs différentes. Des coups de pinceau cache-misère, mais qui donnent aux ruelles un charme très particulier, un tantinet vieillot, mais tellement élégant. Un peu plus loin, beaucoup plus commun, outrageusement moderne et carrément moins distingué, les lotissements construits par le gouvernement pour habiter les classes moyennes. Des maisons Bouygues comme il en sème tous les jours partout dans le monde. Celles-ci ont cependant une particularité : pas de béton mais de la taule et du bois, selon la coutume locale. Ca n’a pas l’air bien solide, mais ça rend service.
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On marche un peu aux alentours, pour profiter un peu de la douceur de l’île et jeter un œil sur les églises environnantes. Une énorme abeille commence à tourner autour de nous. J’ai le malheur de vouloir lui mettre une volée : elle s’énerve, elle tourne de plus en plus rapidement et nous attaque. On finit la route en courant comme des dératés !! On saute dans un bus pour aller voir le Parque Nacional. Cette fois on a compris : les abeilles sont nos amies.
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Nous entrons dans le royaume du microcosmos. On met 6 heures à faire une balade marquée pour 2 heures, mais on passe notre temps le nez à terre, à regarder les fleurs mouillées par la pluie, les champignons sur les pierres, le lichen, la mousse au bord des arbres. On pense se reposer cinq minutes sur la plage, mais le vent se lève et souffle au point de nous déséquilibrer. On marche contre le vent, laissant tomber l’idée de voir des animaux, mais qu’est-ce que c’est bon d’éprouver les éléments !