
Nous sommes partis pour 18 mois autour du monde. Pour suivre le voyage en direct (+ ou - !) : www.trip-harmonic.com
En réglant la chambre ce matin dans la ville frontière du fin fond de la Bolivie, on jette un oeil sous le bureau à peu près propre du réceptionniste. Les bouteilles de bières vides et les cendriers pleins qui étaient déjà là la veille s’étalent toujours en vrac.
-
C’est un peu curieux comme situation, compte tenu de l’immigration bolivienne qui vient peupler régulièrement les favelas du riche Brésil, et du trafic de drogue qui transite d’un pays à l’autre pour au final rejoindre les Etats-Unis.
-
On attend donc, on papote avec d’autres lève-tôt qui comme nous on besoin de quitter légalement le pays, quand le préposé aux douanes sort d’une porte dérobée. Il a l’air grognon et marche doucement sous la pluie battante, torse nu, la serviette jetée sur l’épaule. Tranquille Emile… Tu pars à la douche ??
-
Un quart d’heure plus tard il repasse devant nous, bien propre et rasé de frais. Puis encore, habillé et prêt à tamponner d’un air exaspéré nos passeports. Pas pressé l’ami !
Le Brésil est encore plus laxiste ; il n’y a même pas de poste-frontière, seulement un bureau perdu entre les baraques à frites de la gare routière. Quand on lit que le Brésil veut mieux surveiller ses frontières pour prévenir l’arrivée massive de migrants boliviens dans un contexte de possible guerre civile, on se dit que Lula doit vouloir rassurer les uns, sans inquiéter les autres.
-
Soulagés tout de même d’avoir pu s’échapper de Bolivie (voir Quitter Santa Cruz), on ne se rend pas tout de suite compte qu’on est sur le point de battre notre record : après 22 heures de train, on va devoir enchainer sur un bus qui nous mène en… 30 heures jusqu’à Rio ! Heureusement, on est tellement crevés (et le bus est tellement confortable disons-le), qu’on s’endort aussitôt. Et pendant presque deux jours, on ne se réveille que toutes les trois heures pour boire ou manger ; on végète.
-
Pourtant en pleine nuit, un son étrange nous réveille. Devant nous, une femme respire bruyamment. Elle halète, elle a du mal à respirer, elle s’étouffe. Malgré la formation d’aide aux premiers secours qu’on a suivie avant de partir, on ne sait pas comment réagir. Tout le monde y va de son conseil, les injonctions contradictoires commencent à jaillir de part et d’autre du bus. Dans la panique générale, une mère de famille, en fuseau rose et plateforme shoes, se place debout près de cette pauvre femme qui respire à grand bruit… et entreprend une prière.
-
Dans le bus éclairé par de faibles loupiotes, dans la nuit noire du centre Brésil, son incantation s’élève, surréaliste. « Pôr favôr senôôôr, protegir la mujer hum hum hum hum Senôôr* » On suit la scène, éberlués. Autour de nous, pourtant, tout le monde a l’air de trouver ça normal. Heureusement une voix s’élève derrière la prière : « laissez passer je suis médecin ». Après quelques minutes de soin, la femme, quoi qu’un peu pâle, reprend ses esprits. Elle s’allonge sur son siège, hors de danger. La médecin reste sur un siège voisin, pour veiller sur elle, quand cinq personnes arrivent comme des ombres des coins les plus sombres du bus, pour remercier en chœur le seigneur : « Obrigado Senôôôr… por la mujer que tu as protegir… » La femme se laisse faire, son mari ne bouge pas, les autres passagers reprennent leurs walkmans, oreillers, bouquins.
-
On se rendort dans cet univers Kafkaïen, avec l’impression de vivre un étrange rêve. Par intermittences, on ouvre un oeil et chaque fois, la télé nous assène des vidéos prosélytes. Il y en a pour tous les goûts ; vie de jésus en télénovelas, la bible en dessins animés, documentaires sur les apôtres. Nat, je suis perdue ; on est où là ??
-
-
* retranscription très approximative
Tout n'est pas "noir" tout n'est pas "rose". Faut tout connaître et tout voir. Et apprécier chaque jour qui passe.
Bon voyage et bon vent.
"c'est bien ils se font plaisir. Leur plaisir personnel n'est cependant pas celui de la collectivité. Sont-ils impliqués dans des projets de développement local ? Je ne pense pas. Pourquoi faire tout une publicité de nos deux compatriotes qui font leur tour du monde ? J'aimerai plutot voir le blog de personnes qui nous racontent leurs expériences dans un dispensaire au Cambodge ou au Cameroun plutôt que de voir quelqu'un se passer de la crème et venir me raconter qu'elle connait le Brésil, juste pour y avoir été quelques jours."
Encore un grognon qui donne son avis... premièrement qui te dis qu'il ne font ou n'on jamais fait "d'humanitaire" comme tu le dis si vertueusement. Deuxièmement, ça t'ennuirait de la fermer... ç
Signé : un autre grincheux
Je dirais que c'est un pays qu'il faut secourir et éduquer d'urgence.
Je suis impatiente de lire votre article l'Argentine !! Bon amusement à vous !!